Dans un monde où 9 fleurs sur 10 sont importées de l’autre bout de la planète et où les variétés calibrées sont privilégiées, Fleurs d’Ici vous propose de redécouvrir au fil des saisons les variétés oubliées qui ont fait les belles heures de l’horticulture française. Ces variétés sont vertueuses à maints égards : sur le plan environnemental d’abord (elles divisent par 30 les émissions carbone d’un bouquet par rapport à des fleurs importées), et sur le plan social et historique, en protégeant les savoir-faire français et les emplois de ceux qui les perpétuent.
Chaque année pour la Saint-Valentin, Fleurs d’Ici fait (re)découvrir une alternative à la rose rouge d’importation. Après le mimosa en 2020, nous avons choisi en 2021 de donner une nouvelle jeunesse à une fleur utilisée il y a encore cinquante ans pour déclarer sa flamme : la violette.
L’histoire de la violette
La violette est connue depuis l’Antiquité pour son puissant parfum, mais aussi pour ses vertus médicinales, notamment contre les maladies respiratoires. Au XVIIIe siècle, on l’utilisait dans les produits de beauté et les parfums. On la portait en boutonnière, sur les chapeaux, ou en petits bouquets pour mieux supporter l’odeur des grandes villes, alors nauséabondes.
Au début du XIXe siècle, l’impératrice Joséphine faisait cultiver des violettes dans sa collection botanique du château de Malmaison. On raconte que le jour de sa rencontre avec Napoléon Bonaparte, elle lui aurait remis le bouquet de violettes qu’elle portait à la ceinture. Dès lors, Napoléon lui en offrit un à chacun de leurs anniversaires de mariage.


Grâce au climat clément de la Côte d’Azur, la reine Victoria y passait souvent l’hiver et le printemps, au moment de la floraison des violettes. Elle évoque plus d’une centaine de fois dans son journal la discrète fleur chère à son cœur, que l’on cultivait par centaines au château de Windsor. Avec l’appui de la reine, la violette devint une fleur à la mode dans le monde entier. C’est aussi l’apogée de la violette en parfumerie : des centaines de tonnes de fleurs et de feuilles étaient utilisées dans la région de Grasse.
La fleur au parfum entêtant fut aussi prisée par la cour du Second Empire. Contraints à l’exil, Napoléon III et l’impératrice Eugénie emportèrent au Royaume-Uni leur passion pour la « violette de Parme ». Dans les années 1880, 6 millions de bottes de violettes étaient vendues chaque année à Paris, et cet emblème de la « French Touch » s’exportait dans toutes les capitales européennes, de Londres à Saint-Pétersbourg.

« Tous ceux qui ont vécu à Paris ont vu et admiré ces beaux pots de violettes. Tous les marchés couverts et marchés de rue en sont remplis, flattant les yeux et remplissant l’air de la métropole de leur parfum doux. »
Armand Millet, horticulteur et créateur de variétés de violettes, 1898

Une fleur, des producteurs
À cette époque, la violette est cultivée en France dans trois régions principales : le bassin parisien, la région de Toulouse et la Côte d’Azur. Elle est vendue en plants, en fleurs coupées, en fleurs confites et, bien sûr, aux maisons de parfum. Elle fait alors vivre des milliers de familles de producteurs.
La concurrence des fleurs d’importation produites dans des fermes industrielles, à partir des années 1970, a eu raison de la belle : il ne reste aujourd’hui qu’une poignée de producteurs artisanaux, dans la région toulousaine et dans l’arrière-pays niçois. Sur la Côte d’Azur, 1 000 hectares étaient autrefois consacrés à sa culture ; il en reste une petite dizaine.
La violette de Tourrettes-sur-Loup

À la fin du XIXe siècle, le village de Tourrettes-sur-Loup, dans l’arrière-pays niçois, s’est spécialisé dans la violette. Il a compté jusqu’à 40 producteurs ; ils ne sont plus que trois. Jérôme et Florence, frère et sœur, perpétuent la tradition avec amour. Ils cultivent la variété Victoria, très parfumée, qui rappelle une certaine reine anglaise.
Ils ont repris l’exploitation de leurs parents, installés à Tourrettes-sur-Loup dans les années 1970. Ceux-ci cultivaient des œillets et avaient un petit carré de violettes à côté de leurs serres. Leur père, passionné d’horticulture et un brin innovant, s’est alors lancé dans la culture de la violette Victoria. Jérôme et Florence ont toujours baigné dans la violette, entre les chars de la Fête de la violette, les marchés et les cueillettes. Pour ne pas dépendre seulement des fleurs coupées et des commandes des grands parfumeurs, ils se sont aussi lancés dans la confiserie artisanale, en cristallisant eux-mêmes leurs violettes.


La récolte des violettes demande un savoir-faire et un geste bien précis pour garder la tige. Elle a lieu du début de l’hiver à la fin du printemps. Au printemps, pic de production, les fleurs sont surtout récoltées pour être cristallisées : on ne cueille alors que la fleur. En fin de saison, entre mai et juillet, c’est la feuille qui est récoltée. Elle part à Grasse pour être transformée en « concrète », puis en « absolue », qui entre dans la composition de nombreux grands parfums.
Leurs parents cultivaient en conventionnel, avec près de 40 traitements chimiques par an. Jérôme et Florence ont choisi une production plus raisonnée : leurs serres non chauffées et la culture suspendue permettent de se passer de désherbage chimique.


Un bouquet d’exception française
Devenue rare, la violette est aussi une fleur dont la culture demande toutes les attentions. Essentiellement manuelle, elle exige une grande dextérité pour la récolte comme pour la confection des bouquets. Pour la Saint-Valentin 2021, Fleurs d’Ici a mis à l’honneur la violette de Jérôme et Florence avec le bouquet « Luis Mariano », imaginé pour nous rappeler que « l’amour est un bouquet de violettes ».
7 anecdotes sur la violette
- Napoléon a été surnommé « Père la Violette » ou « Caporal Violette » : partant pour l’exil à l’île d’Elbe, il avait promis à ses soldats qu’il reviendrait « avec les violettes », c’est-à-dire au printemps.
- Le parfum de la violette endort les nerfs olfactifs, si bien que l’on finit par ne plus le sentir. C’est pourquoi, en parfumerie, on distille les feuilles et non les fleurs.
- Pendant la Révolution française, la violette est si prisée que les bouquetières de Paris qui en vendent sont taxées et leur commerce très réglementé.
- En 1919, lors du premier vol postal entre Toulouse et Casablanca, Pierre-Georges Latécoère emporte le journal de la veille et un bouquet de violettes, emblème de Toulouse, qu’il remet au général Lyautey. Les violettes étaient aussi fraîches à l’arrivée qu’au départ !
- Toulouse élit chaque année une « Reine de la violette ».
- Les courtisanes du XIXe siècle rivalisaient d’imagination : l’une des plus célèbres recevait parfois ses invités allongée sur un lit de violettes.
- La violette reste très présente en parfumerie, par exemple dans Paris d’Yves Saint Laurent ou Insolence de Guerlain.


Le violet, back to the future
À l’époque victorienne, dans les années 1850-1860, la couleur violette déchaîne elle aussi les passions. En 1856, un jeune chimiste découvre par hasard comment teindre les tissus en violet, une couleur jusque-là très difficile à obtenir. La reine Victoria porte une robe de soie violette à l’Exposition universelle de 1862, et l’impératrice Eugénie choisit cette teinte pour les cérémonies officielles. Difficile de savoir qui, de la couleur ou de la fleur, fut la précurseuse…
En 2018, Pantone fait de l’« Ultra Violet » sa couleur de l’année. Depuis, le violet sort des placards de nos grands-mères. Couleur des suffragettes et, plus largement, de la cause féministe, il est de nouveau partout. La violette prépare elle aussi son grand retour !
L’horticulture, un marché mondialisé très polluant
La violette est un symbole malheureux de la situation de l’horticulture française, réduite aujourd’hui à peau de chagrin : depuis 1972, 9 horticulteurs sur 10 ont mis la clé sous la porte, et 9 fleurs sur 10 sont désormais importées en avion du Kenya ou de Colombie, à grand renfort de CO2. Entreprise à mission au service de la relocalisation de l’horticulture française, Fleurs d’Ici sensibilise à la provenance et à la saisonnalité des fleurs, en mettant en lumière des variétés patrimoniales oubliées.
Article publié par Fleurs d’Ici en février 2021, à l’occasion de la Saint-Valentin.
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