À l’approche de la fête des mères, période pendant laquelle la saison des pivoines bat son plein, nous vous proposons de partir à la découverte de ces grandes reines du printemps. On vous dira tout (ou presque !) sur leurs origines, leurs vertus et les spécificités de leur culture.
Fidèles à notre mission d’ambassadeurs de la filière horticole, nous mettons à l’honneur des variétés exceptionnelles : Fleur de Pêcher, Wladyslawa, Duchesse de Nemours, Karl Rosenfield… Elles sont cultivées par Anne et Jean-Hugues, nos producteurs partenaires installés dans les contrées bourbonnaises de l’Allier.
6 anecdotes sur la pivoine qui vont vous surprendre
- La pivoine de Chine (en latin Paeonia lactiflora, en référence à son aspect laiteux), originaire d’Asie centrale, est aujourd’hui l’espèce la plus répandue. Plus spécifiquement, c’est la variété « Sarah Bernhardt », nommée ainsi en hommage à la célèbre actrice de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, que l’on retrouve le plus souvent sur les étals des fleuristes.
- Ce n’est que depuis une vingtaine d’années que la pivoine bénéficie d’un véritable regain d’intérêt, notamment en France. Elle fait désormais partie des fleurs les plus achetées à l’occasion de la fête des mères, juste derrière la rose (les deux espèces représentaient respectivement 8 % et 30 % des achats lors de la fête des mères 2020).
- Les pivoines se cultivent sur presque tous les continents et elles poussent même en Alaska ! Elles y bénéficient d’un ensoleillement polaire constant pendant l’été et fleurissent au mois de juillet, au moment où la fleur disparaît des étals du reste du monde. Les pivoines d’Alaska sont particulièrement grandes : leur diamètre peut atteindre 20 cm.
- Pivoine est le nom d’un roman historique de l’autrice américaine Pearl Buck, publié en 1948. Il retrace le parcours de Pivoine, une jeune esclave au service d’une famille juive dans la Chine d’avant Mao.
- Depuis l’Antiquité, la pivoine est appréciée pour ses propriétés médicinales. Son nom serait apparenté à Péan, un dieu guérisseur de la mythologie grecque. La légende raconte que lorsque Péan, disciple d’Esculape, guérit Hadès, son maître, humilié, tente de le tuer. Pour le protéger, Hadès le transforme en pivoine.
- Les fourmis sont attirées par le nectar sucré sécrété par les pivoines, et il est courant d’en trouver sur leurs boutons. Leur présence n’est pas néfaste pour la plante, bien au contraire : elles empêchent d’autres insectes comme les pucerons de s’installer. Si vous voyez des fourmis sur les pivoines de votre jardin, laissez-les faire, elles sont vos alliées !
Les pivoines, une grande histoire de famille
On parle souvent de « la pivoine » au singulier alors qu’il serait plus juste de parler « des pivoines », tant les espèces et variétés sont nombreuses. Chacune a ses caractéristiques propres : sa période de floraison, sa forme, sa couleur, son parfum…
En botanique, le genre des pivoines est rattaché à la famille des Paeoniaceae et rassemble une quarantaine d’espèces, que l’on peut classer en trois grandes catégories :
- Les pivoines herbacées : des plantes vivaces compactes qui poussent à même le sol, et dont la floraison s’étale de la fin mars à la mi-mai.
- Les pivoines arbustives : plus robustes, elles croissent année après année autour d’un tronc formant un petit arbuste. Leurs tiges sont plus rigides et leur floraison légèrement plus tardive.
- Les pivoines Itoh : nées des travaux d’hybridation menés au Japon par le pépiniériste Toichi Itoh, qui réussit en 1948 à croiser pivoines arbustives et herbacées. Elles sont réputées pour la durée de leur floraison et leur longévité exceptionnelle.
Plante robuste, la pivoine apprécie un fort ensoleillement en été et un hiver rude : certaines variétés résistent à des températures de −20 °C ! Leur floraison est généralement très courte, de quelques jours à trois semaines. On distingue ainsi les pivoines précoces, intermédiaires et tardives.
Une plante aux nombreuses vertus thérapeutiques
Les civilisations humaines se sont d’abord intéressées à la pivoine pour ses vertus médicinales, avant de considérer la beauté de ses pétales. Le mot provient du grec ancien païônía, qui signifie « propre à guérir ».
Dans l’Antiquité, les Grecs employaient les racines de la pivoine officinale pour traiter divers maux : épilepsie, douleurs intestinales, maux de tête, troubles du sommeil… Les racines présentent en effet des propriétés antispasmodiques, sédatives et analgésiques, et les pétales des qualités anti-inflammatoires et antibactériennes.
On retrouve aussi la pivoine dans la pharmacopée traditionnelle chinoise, pour réguler le foie et rééquilibrer le yin. Des vertus qui auraient poussé l’empereur Yang (605-618) à en faire une fleur nationale placée sous protection impériale, comme le chrysanthème. À partir du Xe siècle, les pivoines commencent à être cultivées pour leur beauté et deviennent la coqueluche des jardiniers de l’Empire du Milieu.
Une fleur à la conquête de l’Occident
Les Européens découvrent les variétés chinoises à partir du XVIIIe siècle. C’est surtout Sir Joseph Banks qui diffuse la plante, avec trois cultivars herbacés de Paeonia lactiflora : un blanc, d’où le nom lactiflora (fleur laiteuse), un blanc double et un rouge sombre. C’est à partir de ces trois variétés que se développe la grande diversité de formes et de couleurs des pivoines en Europe.
C’est en France que l’on s’adonne le plus aux hybridations : Victor Lemoine et François-Félix Crousse, parmi d’autres, introduisent quelque 400 nouvelles variétés. Des années 1850 à 1920, c’est l’âge d’or de la pivoine. On la retrouve dans de nombreux tableaux impressionnistes, en particulier ceux de Manet, qui lui voue un véritable culte.
Je t’aime, moi non plus : le grand retour de la pivoine
Après cet âge d’or, la pivoine tombe quelque peu en désuétude. Les pépinières qui la cultivent se raréfient et elle devient une plante commune des jardins. Cette perte d’intérêt se cristallise après les deux guerres mondiales, avec la montée en puissance de l’industrie horticole : de nombreuses fleurs jugées « bucoliques » sont délaissées au profit d’espèces plus standardisées, à l’instar de la rose d’importation.
Mais depuis une vingtaine d’années, la pivoine déchaîne de nouveau les passions. Elle est produite aux quatre coins du monde, et ce sont les Pays-Bas qui dominent le marché mondial grâce à une logistique de pointe et des méthodes de culture intensives, suivis des États-Unis et de la Chine.
La culture de pivoines en France, une tradition qui se perpétue
En France, la pivoine est cultivée un peu partout, avec des méthodes beaucoup plus respectueuses de l’environnement que chez nos voisins hollandais. Sa production s’est d’abord développée dans le bassin parisien, où elle était associée à l’arboriculture. Elle se cultive aujourd’hui en plein champ en Auvergne-Rhône-Alpes, dans les Pays de la Loire, le Centre-Val de Loire ou encore en Normandie. Les Pivoines Rivière, installées dans le Rhône dès 1849 avant de rejoindre Crest, dans la Drôme, comptent parmi les plus anciens producteurs français.
Mais la grande renommée de la pivoine française vient surtout du Var, autour de Toulon. On y comptait en 2021 quelque 160 horticulteurs spécialisés, rattachés à la SICA du marché aux fleurs d’Hyères, et plus de 150 hectares dédiés à cette fleur, devenue un moteur de l’économie locale.
Le bassin hyérois, territoire clé de la filière
Jusque dans les années 1990, la pivoine n’était dans le Var qu’une production de niche. Elle prend son essor dix ans plus tard. Au printemps, les pivoines varoises alimentent le marché national et international : en trente ans, le volume vendu au marché aux fleurs d’Hyères est passé de 200 000 tiges par an à plus de 10 millions, dont la moitié part à l’export.
Les raisons de la success story varoise
La pivoine passe une grande partie de l’année sous terre, et son cycle de végétation est l’un des plus courts des espèces florales. Dans le Var, la récolte s’étend de la mi-mars à la mi-mai. Le climat méditerranéen (hivers frais, printemps précoce, fort ensoleillement) favorise cette précocité, qui place la France parmi les premiers producteurs mondiaux pendant cette période, même si le changement climatique fragilise cet équilibre.
Au début des années 2000, de nombreux producteurs qui cultivaient des roses se sont tournés vers la pivoine : le coût de l’énergie pour chauffer les serres, les contraintes liées aux produits phytosanitaires et la concurrence étrangère les ont incités à choisir une culture plus extensive, moins gourmande en intrants, plus respectueuse de l’environnement et rentable.
Les plus belles variétés de nos régions
Wladyslawa, Duchesse de Nemours, Karl Rosenfield… Les producteurs de nos régions cultivent des variétés rares et exceptionnelles, aux parfums délicats et envoûtants.
Parmi elles, la pivoine « Fleur de Pêcher », un nom qui évoque l’association traditionnelle des cultures horticoles et arboricoles. Avec ses fleurs doubles et charnues, elle révèle un rose nacré très tendre à l’éclosion, puis prend des teintes qui tirent vers le blanc au fil de sa floraison. Son cœur présente de jolis reflets jaunes, plus foncés au centre, et son parfum est subtil.
Reportage chez les Pivoines de Tronçais
Anne et son mari Jean-Hugues sont agriculteurs dans l’Allier. Dans les contrées bourbonnaises, à proximité de la forêt de Tronçais, ils s’occupent d’un domaine hérité d’une longue tradition familiale. En 2015, ils ont décidé de diversifier leur activité céréalière en se lançant dans la production de pivoines. Ils en cultivent aujourd’hui une quarantaine de variétés. Rencontre avec une horticultrice passionnée.
Pourquoi avez-vous choisi de cultiver des pivoines ?« La culture de pivoines, qui s’effectue en plein champ, nous a permis de réinvestir le savoir-faire agricole acquis grâce à notre ferme céréalière, dans une démarche de complémentarité. C’est aussi le fruit d’une réflexion sur la valorisation de nos ressources en eau. Par ailleurs, les pivoines se plaisent beaucoup dans nos sols riches en fer et en manganèse. Et puis ce sont de très beaux produits ! Toutes les pivoines ont leurs spécificités, leurs rythmes de floraison, et c’est passionnant de les travailler. »
La pivoine a longtemps été délaissée. Comment percevez-vous son retour en grâce ?« La pivoine a le vent en poupe depuis quelques années, ce qui nous a confortés dans notre choix. Il y a une forte demande pour une production saisonnière et locale. La plupart des fleuristes avec lesquels nous travaillons en direct nous disent qu’ils se sont lassés de la pivoine hollandaise très standardisée. Ils cherchent à s’approvisionner auprès de producteurs qu’ils connaissent, avec lesquels ils peuvent échanger. Cela leur permet aussi de raconter une histoire à leurs clients, de plus en plus sensibles à la provenance des fleurs. »
Quelle est votre variété préférée ?« C’est une question vraiment difficile ! Si je devais en choisir une, ce serait Lady Orchid, très parfumée et pleine de surprises. Chaque année, elle fleurit d’une manière un peu différente : en 2019, elle était un peu plus crème ; l’année suivante, elle avait un cœur plus foncé et des boutons mouchetés. »
Quel est votre moment favori ?« La pivoine sort de terre en mars et on la récolte en bouton en mai : elle se développe très rapidement. La puissance de la pousse des végétaux au printemps est incroyable, et chaque année c’est une source d’émerveillement. J’aime énormément le début du mois de mai, quand la plantation devient belle avec sa forêt de boutons floraux. La cueillette est aussi un moment formidable. C’est intense, on court partout et on ne dort pas beaucoup, mais j’adore ça ! »
La pivoine est la fleur que l’on offre pour la fête des mères, qui tombe en pleine saison de cueillette. Que vous évoque la maternité dans votre métier ?« Spontanément, c’est la valeur de l’humilité. Les parents éduquent leurs enfants, mais chacun évolue ensuite librement. Quand on cultive, c’est la même chose : on observe, on répond aux besoins, on accompagne… Mais nous n’avons pas prise sur certains éléments, comme les gelées. Il faut savoir rester humbles devant la nature et en prendre soin pour les générations futures. »
La pivoine dans la poésie et la peinture
Trois pétales de pivoine
Rouges comme une pivoine
Et ces pétales me font rêverGuillaume Apollinaire, Poèmes à Lou
Fleur en son cœur craignant d’être coupée
Qui sait un cœur à la couleur du printempsWang Wei, La pivoine rouge, VIIIe s.
« La pivoine est cette rougeur en nous qui précède la pensée »Paul Claudel






Article publié par Fleurs d’Ici au printemps 2021, à l’occasion de la saison des pivoines.
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