Pour les fleuristes, la Saint-Valentin peut représenter jusqu’à un quart du chiffre d’affaires annuel : un enjeu de taille pour une profession fragilisée. Loin de nous l’idée de vous détourner d’offrir des fleurs ce jour-là (ou tous les autres jours de l’année !). Notre intention est plutôt de sortir collectivement de la dépendance à la sempiternelle rose rouge importée, qui représente les trois quarts des ventes de fleurs le 14 février, en proposant des alternatives aussi belles que bonnes.
Chaque année, l’équipe de Fleurs d’Ici débat avec passion de la fleur à mettre en avant pour la Saint-Valentin. Après la violette, une belle endormie un brin rétro, nous avons choisi le pavot, une fleur rare et précieuse, délaissée par l’industrie parce qu’elle ne supporte ni l’avion ni les traitements que subissent les fleurs d’importation.

Et puis nous trouvions intéressant de montrer une « fleur du mal » sous son vrai jour : une fleur qui fait du bien à l’emploi et à l’environnement. Faire de cette fleur associée à la dépendance l’étendard du retour à la souveraineté florale, bref, le symbole de notre autonomie retrouvée en matière de production de fleurs !
Des pavots en cette saison ?
Qui dit pavot dit coquelicot, cette jolie fleur sauvage qui colore les champs de blé de mai à août. Mais le pavot dont il est question ici est un lointain cousin du coquelicot : une variété boréale, originaire d’Islande, à la floraison précoce. On le retrouve parmi les toutes premières fleurs du printemps dans les allées des jardins botaniques.
Les pavots d’Islande de Fleurs d’Ici étaient cultivés sous serre non chauffée et non éclairée par Audrey et Ludovic Morel, dans le Var.
Audrey et Ludovic Morel, horticulteurs dans le Var
Ayant vu ses grands-parents horticulteurs tirer le diable par la queue, Audrey s’était d’abord tournée vers une carrière dans la vente, pensant y trouver un meilleur confort de vie. Elle reprend pourtant l’exploitation familiale, mais pour y faire du maraîchage, vendu en direct sur les marchés. Les contraintes de la vente pèsent lourd sur la vie de famille, et c’est alors qu’elle revient à la fleur, qui lui laisse plus de souplesse.
Audrey a depuis été rejointe par son mari Ludovic, ancien fonctionnaire. Ensemble, ils développent l’exploitation et cultivent de nombreuses espèces : des pavots, mais aussi des anémones et des dahlias. Leurs serres ne sont ni chauffées ni éclairées : elles tirent parti du climat doux du Var et de la qualité de son sol, ce qui limite encore l’empreinte carbone de leurs fleurs. On peut suivre la famille Morel sur Instagram : @aetlmorel.


Quelques anecdotes sur le pavot
Les plus anciennes traces de pavot retrouvées en Europe datent de quelque 4 000 ans ! Cette fleur a accompagné l’humanité pendant des générations grâce à ses propriétés somnifères, analgésiques ou sédatives. Les Sumériens l’appelaient « plante de joie ». La mythologie grecque en fait l’attribut de Morphée, qui lance chaque soir des pavots depuis le ciel pour endormir l’humanité.

Au Moyen Âge, on retrouve le pavot dans les jardins de simples des abbayes et des châteaux : Charlemagne en recommande la culture à la fin du VIIIe siècle. À partir de la Renaissance, ses graines entrent dans de nombreuses recettes sucrées et salées. Aujourd’hui, la culture du pavot à graines est très strictement réglementée : la France est le troisième producteur mondial de pavot licite, destiné à l’industrie pharmaceutique.
On connaît la relation étroite des poètes romantiques, Baudelaire en tête, avec cette fleur. Sa célébration par les architectes et designers de la Belle Époque est plus confidentielle : le pavot fut pourtant une grande source d’inspiration de l’Art nouveau, de l’École de Nancy à la façade de la Majolikahaus de Vienne.




« Cueillez-moi ce pavot sauvage
Qui croît à l’ombre de ces blés :
On dit qu’il en coule un breuvage
Qui ferme les yeux accablés. »
Alphonse de Lamartine, Les Pavots
Article publié par Fleurs d’Ici en janvier 2022, à l’occasion de la Saint-Valentin.
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