Ils ne se contentent pas d’en offrir. Ils les portent à la boutonnière, en ornent leurs chemises, y voient une source d’émerveillement poétique, s’engagent pour en préserver la diversité. Quelle meilleure occasion que la fête des pères pour rappeler que la botanique n’a pas de genre ?
Les poètes anglais, la joie côté jardin
Car souvent, lorsque je m’allonge, rêveur ou pensif,
Elles brillent pour l’œil intérieur, félicité des solitaires ;
Et mon cœur s’emplit de plaisir
Et danse parmi les jonquilles.William Wordsworth, Les Jonquilles, 1807
Cet homme qui aime les fleurs n’est autre que le père de la poésie romantique anglaise, William Wordsworth. Les Jonquilles sont à la poésie anglophone ce que « Mignonne, allons voir si la rose » de Ronsard est à la langue française : un classique appris à l’école et que l’on récite toute sa vie.

Là où Ronsard se sert de la beauté éphémère de la rose pour dire la brièveté de la vie et du désir, Wordsworth voit dans les jonquilles une ressource intime, un réservoir de beauté qui fait rempart à la mélancolie. Tout le romantisme anglais, de Wordsworth à Keats, est traversé de motifs floraux qui célèbrent non pas les vénéneuses fleurs du mal baudelairiennes, mais une nature consolante et joyeuse. On n’en attendait pas moins de la grande nation de jardiniers qu’est le Royaume-Uni.
L’œillet (se) porte beau
La fleur occupe une place singulière dans le vestiaire masculin. À la boutonnière, l’œillet a longtemps été à la fois une parure (et un déodorant naturel) et un signe d’appartenance, de distinction ou de résistance, bien avant la révolution des Œillets qui mit fin à la dictature au Portugal en 1974.

À la fin du XIXe siècle, sa couleur signale l’appartenance politique de celui qui le porte. Il se fait subversif à la boutonnière d’Oscar Wilde, symbole de défiance face à la persécution des homosexuels, que Wilde paiera de deux années de prison. Il devient ensuite l’emblème du dandysme, d’une élégance délicieusement transgressive, comme celle d’Arsène Lupin, presque toujours représenté une fleur à la boutonnière.


La chemise, icône masculine et botanique
Fondé en 1875 à Londres par Arthur Lasenby Liberty, le grand magasin Liberty & Co. fait connaître dès les années 1880 ses « Liberty Art Fabrics », soieries et cotons imprimés inspirés de l’Orient et de l’Arts and Crafts. Les plus grands dessinateurs du temps, Arthur Silver, Lindsay Butterfield ou C. F. A. Voysey, lui fournissent des motifs. En Italie, l’Art nouveau s’appelle même stile Liberty. Au XXe siècle, ses petites fleurs imprimées sur le fin coton Tana Lawn deviennent un classique, longtemps réservé aux robes et aux chemisiers, avant de conquérir les chemises d’homme.




Dans la seconde moitié du XXe siècle, les tissus Liberty se déclinent sur les chemises d’homme, notamment chez Paul Smith, qui prouve que le tailoring le plus minutieux peut s’accorder avec la plus grande audace florale. Tom Selleck, dans Magnum, incarne une virilité tranquille et une exubérance végétale avec ses chemises hawaïennes, qui rappellent que dans les cultures du Pacifique, on a toujours su conjuguer la fleur au masculin.


Alain, Alan, Stéphane et les autres
La France a aussi ses Magnum de l’arrosoir. L’énergie de Stéphane Marie illumine depuis des années Silence, ça pousse ! sur France 5, et diffuse l’amour des beaux jardins comme des astuces très concrètes pour faire vivre le végétal, quels que soient nos moyens. Il n’a rien à envier à ses alter ego britanniques, Monty Don et Alan Titchmarsh, devenus de véritables institutions de la BBC.
Et puis il y a Alain Baraton. Mélange unique de compétence et de bienveillance, sa voix est un repère des auditeurs de France Inter. Jardinier en chef du domaine national de Trianon et du parc de Versailles, il la met inlassablement au service du patrimoine horticole français et de la biodiversité. Et il ne manque pas d’humour : il a porté avec aplomb une tenue végétale imaginée par Fleurs d’Ici lors du Floral Fashion Show au jardin des Tuileries.
En pagne végétal ou en chemise imprimée, arrosoir ou bouquet dans les bras, père ou grand-père, frère ou ami : toutes les masculinités se fêtent avec des fleurs.
Article tiré de la newsletter Fleurs d’Ici de juin 2023, pour la fête des pères.
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