La fleur des cours impériales

Aussi appelée « marguerite d’automne », la fleur d’or fut la coqueluche des grandes maisons bourgeoises du XIXe siècle. Elle doit en partie sa popularité en Europe à l’impératrice Joséphine : l’engouement est immédiat, et dès 1840 on compte pas moins de 250 variétés sur le marché.
Muse des artistes de l’époque, on la retrouve peinte par Monet ou Degas, et en bonne place dans l’œuvre de Marcel Proust, qui en pare le salon d’Odette de Crécy, la maîtresse de Swann :

« Elle trouvait à tous ses bibelots chinois des formes “amusantes”, et aussi aux orchidées, aux catleyas surtout, qui étaient, avec les chrysanthèmes, ses fleurs préférées, parce qu’ils avaient le grand mérite de ne pas ressembler à des fleurs, mais d’être en soie, en satin. »
Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913
Vous l’avez deviné : la fleur d’or, c’est le chrysanthème !


Des variétés exceptionnelles
On vous entend déjà : « Des chrysanthèmes dans un bouquet ? On n’est pas au cimetière ! » Le chrysanthème n’a été associé que récemment à la commémoration : après la Grande Guerre, Clemenceau demande aux Français de fleurir les tombes des soldats avec des chrysanthèmes, l’une des dernières fleurs à fleurir en automne.
Chez Fleurs d’Ici, quand on évoque le chrysanthème, on pense plutôt à son étymologie grecque, chrysos, l’or, et anthemon, la fleur, et à des variétés rares comme Tomoenishiki, Edogiku ou Ichimonji. Pour redorer l’image de cette fleur, nous avions imaginé en 2020 un bouquet où les fleurs d’or côtoyaient les plus belles fleurs de saison cultivées localement (dahlias, asters, giroflées, mufliers, lisianthus…) dans un feu d’artifice de couleurs.


Une fleur importante pour les horticulteurs français
En France, au moment de la Toussaint, il se vend environ 23 millions de pots de chrysanthèmes en trois semaines seulement : ils représentent 32 % des plantes fleuries en pot achetées dans l’année (étude TNS-Sofres pour FranceAgriMer, 2010). La France produit surtout des variétés classiques et rustiques pour le fleurissement des cimetières, mais le chrysanthème mériterait que l’on s’intéresse à ses nombreuses variétés rares et spectaculaires.
Cultiver des chrysanthèmes exige un savoir-faire spécifique et plus de six mois de travail. En choisissant des chrysanthèmes français, vous soutenez les producteurs locaux et leur savoir-faire.
Rencontre avec Jacques, producteur de chrysanthèmes en Corse
Pour en savoir plus sur la production des marguerites d’automne, nous sommes partis à la rencontre de Jacques, 55 ans, producteur de chrysanthèmes en Corse.
Depuis quand êtes-vous producteur de chrysanthèmes ?« Depuis environ 38 ans. J’ai commencé très jeune : je travaillais pour une personne de ma famille, qui m’a ensuite cédé son activité. C’est en quelque sorte la continuité d’une exploitation familiale. »
Combien de variétés cultivez-vous, et laquelle est votre préférée ?« Nous avons surtout la Pomponette et le Tokyo, mais nous faisons aussi de la grosse fleur. Ma préférée, c’est la Pomponette, la plus facile à cultiver. Le Tokyo demande plus de travail et de soin : il faut pratiquer le “pincement”, une technique qui multiplie les tiges. On coupe, ça repart sur plusieurs branches, et ainsi de suite. »
À quoi ressemble votre calendrier annuel ?« Je commence vers le 15 mars et je termine la vente vers le 10 novembre. Ensuite, il faut nettoyer le terrain et reprendre les goutte-à-goutte. Les clients entrent choisir leurs plantes, alors je passe beaucoup de temps aux réparations ! De décembre à janvier, je fais une pause pour vendre des sapins. Mon exploitation compte entre 25 000 et 28 000 plantes. »
Avez-vous mis en place des pratiques plus écoresponsables ?« Cette année, je n’ai fait aucun traitement phytosanitaire, seulement deux arrosages avec un produit de lutte intégrée et un produit bio. Je n’interviens plus chimiquement. Je remarque qu’il y a plus d’insectes, des mauvais comme des bons, et cela crée un équilibre ! Quand il y a un déséquilibre, la punaise et la cicadelle piquent le bouton, et ça me donne ce que j’appelle de la “salade” : il n’y a plus que des feuilles (rires). »
Article publié par Fleurs d’Ici en octobre 2020, à l’approche de la Toussaint.
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