Fleurs d'Ici

Histoires de fleurs · Producteurs

Les Brossard, famille en or de la fleur locale

Trois générations d’horticulteurs en Île-de-France, des tulipes d’exception, et une histoire de femmes qui tiennent les exploitations.

Valentin Brossard tenant une brassée de tulipes dans sa serre
Valentin Brossard dans ses serres d’Ollainville, février 2024

Fêter les grands-mères, c’est l’occasion de fleurir toutes les femmes qui nous ont construits. C’est aussi l’occasion de célébrer les lignées d’agriculteurs, qui sont aussi des lignées d’agricultrices, et dont les histoires méritent d’être mieux connues, au moment où il devient impossible d’ignorer les tourments du monde rural. À la charrue, au tracteur, dans les champs et à la tête des exploitations, les femmes sont des actrices indispensables du monde agricole. Et pas seulement des « femmes de ».

Une crise qui couve depuis longtemps

La crise agricole de l’hiver 2024 nous a forcés à regarder en face ses causes imbriquées : dépendance aux importations venues de pays moins exigeants sur les normes environnementales et sociales, relations complexes entre producteurs et distributeurs, piètres rémunérations des petits exploitants, difficulté à réguler les produits chimiques quand le marché exige des rendements dénaturés, désertification des campagnes…

Ces facteurs ont longtemps pesé sur la filière horticole, qui doit sa renaissance en France à un double engagement : celui des consommateurs, de plus en plus attentifs à la provenance des fleurs, et celui des producteurs, anciens et nouveaux, qui mettent leur savoir-faire au service d’une horticulture raisonnée et équitable.

Trois générations de Brossard

Julie et Valentin Brossard dans leur serre de tulipes
Julie et Valentin Brossard. Photo : Fleurs d’Ici

C’est ce que fait depuis trois générations la famille Brossard, qui incarne l’excellence de la production horticole française. La veille de la Saint-Valentin 2024, dans le cadre d’un documentaire pour France 5, Fleurs d’Ici a visité la nouvelle exploitation de Valentin et de son épouse Julie, producteurs à Ollainville, dans l’Essonne.

Chantal, la mère de Valentin, a été décrite par Libération comme une véritable « institution » de Rungis, notamment parce qu’elle fut une pionnière de l’organisation collective des producteurs d’Île-de-France. De génération en génération, les Brossard créent des variétés qu’ils sont les seuls à produire, en cherchant les hybridations et en cultivant leurs propres graines. Le résultat de cette exigence, c’est la qualité exceptionnelle de leurs fleurs : les pois de senteur, longtemps leur marque de fabrique, et aujourd’hui de sublimes tulipes.

Tableau de Monet : champs de tulipes rouges, roses et jaunes devant un moulin
Claude Monet, Champs de tulipes en Hollande, 1886, musée d’Orsay. La plupart des tulipes vendues en France viennent encore des Pays-Bas.

Parce qu’ils travaillent en famille avec passion et rigueur, qu’ils ont une conscience aiguë de ce qui structure à la fois la crise agricole et la renaissance de la fleur française, et qu’ils défendent une production raisonnée, les Brossard montrent concrètement qu’un autre modèle est possible : un modèle qui allie continuité et innovation, de la production à la distribution.

Planche botanique de Redouté : une tulipe rouge et jaune avec son bulbe
Pierre-Joseph Redouté, tulipe, Les Liliacées, 1802-1816
Planche botanique de pois de senteur violets
Pois de senteur, longtemps la spécialité des Brossard. The Botanical Magazine, 1788

L’endurance des agricultrices

Un grand nombre des fermes florales qui voient le jour en France sont dirigées par des horticultrices. En 2024, la Mutualité sociale agricole (MSA) a publié une étude sur les femmes en agriculture. Plus de 90 % des femmes interrogées disent être motivées par l’amour de la nature et la passion de leur métier ; presque autant le jugent ingrat, car extrêmement chronophage, peu rémunérateur et encore très marqué par les inégalités avec les hommes.

On y apprend aussi que les femmes en agriculture ne sont pas seulement « filles et femmes de » : la moitié d’entre elles viennent d’horizons divers, pas forcément ruraux, et 37 % sont arrivées à l’agriculture après une reconversion professionnelle, en particulier parmi les cheffes d’exploitation. Un esprit d’entreprise que l’on constate tout particulièrement dans la filière horticole.

Le documentaire d’Édouard Bergeon, Femmes de la terre (France 2, 2024), donne à voir cette endurance. De la mention « sans profession » longtemps accolée à des femmes qui travaillaient du matin au soir, aux agricultrices d’aujourd’hui qui modernisent les exploitations, en passant par la petite révolution de la TVA agricole qui leur donna un rôle administratif, il retrace avec finesse l’évolution du destin des femmes paysannes : lucides, incroyablement adaptables et souvent très drôles.

Article tiré de la newsletter Fleurs d’Ici de février 2024, pour la fête des grands-mères.

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